Actualités

Michel Delpuech intervient à la Grande Mosquée de Lyon

 
Michel Delpuech intervient à la Grande Mosquée de Lyon

Discours du préfet

A l'invitation de Monsieur Kabtane, Michel DELPUECH, préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, préfet du Rhône a accepté d'intervenir ce vendredi, jour de la grande prière, à la Grande Mosquée de Nice suite à l'attentat de Nice.

Voici l'intervention de Michel DELPUECH, prononcée à cette occasion :

Monsieur le Recteur, Cher Kamel KABTANE, suite aux événements tragiques du 14 juillet dernier à Nice, nous nous sommes vus, lundi dernier, et vous avez suggéré que je puisse m'exprimer devant les fidèles ce vendredi. Je l'ai volontiers accepté et je vous remercie de cette invitation.

Je veux donc d'abord vous saluer toutes et tous, cordialement, chaleureusement ; vous dire que c'est pour moi une chance formidable que de pouvoir m'adresser à vous, tellement nombreux aujourd'hui ; et je suis donc particulièrement heureux de vous exprimer un triple message, de fraternité et de concorde d'abord, de fermeté et de détermination ensuite, de confiance et de responsabilité républicaines enfin.

* *

*

Fraternité et concorde pour commencer. L'attentat de Nice a fait 84 victimes et plus de 250 blessés, dont certains sont encore dans une situation très critique. Ces victimes sont de tous âges – il y avait des familles, donc beaucoup d'enfants ; ces victimes sont de toutes origines, des Français, des étrangers ; de toutes conditions ; de toutes confessions, chrétiens, musulmans, autres, et d'autres agnostiques ou athées peut-être. Peu importe.

Dans le néant de leur mort, dans la cruauté infligée par la barbarie, dans l'immensité des douleurs et des peines, toutes ces victimes, tous leurs proches, tous les rescapés, tous les intervenants – policiers, pompiers, secouristes, simples citoyens – sont frères dans l'épreuve. Nos pensées vont à eux tous.

Leur fraternité de destin nous oblige ; et à cette fraternité de destin doit répondre la cohésion et la concorde.

Ceux qui frappent notre pays n'ont qu'un but, politique et subversif, c'est fracturer notre société, y semer la discorde, y insuffler la haine. La République ne doit pas tomber dans le piège.

Comme le Président de la République et les plus hautes autorités de l'Etat le rappellent sans cesse, l'unité nationale et la cohésion de notre peuple sont les réponses les plus fortes aux semeurs de mal qui s'en prennent à notre pays. Plus que jamais, c'est de fraternité dont nous avons besoin pour vaincre le terrorisme et l'obscurantisme sans perdre notre âme ni renoncer à nos valeurs.

Malheur à ceux qui piétinent ce message de fraternité et de concorde pour susciter les divisions et les affrontements.

* *

*

Mon deuxième message est pour vous exprimer la fermeté et la détermination de l'Etat pour lutter contre toutes les atteintes à notre vivre ensemble républicain.

Depuis l'attentat de Nice, on a vu des inscriptions abjectes visant les Musulmans. « Dehors ou la Mort » était-il écrit sur le muret de la mosquée de Bron. Je condamne à nouveau, avec la plus grande fermeté, ces actes ignobles qui, en désignant à la vindicte votre communauté, rappellent, ni plus ni moins, les méthodes qui conduisirent les Nazis à la Nuit de Cristal.

Honte aux auteurs de ces injures. Honte à ceux qui, par bêtise ou complaisance, légitiment les pires amalgames et la suspicion.

Je veux donc saluer la réaction qui a été la vôtre, Monsieur le Recteur, Monsieur le Président du CRCM. Elle donne l'exemple de la sagesse, de la modération, de l'apaisement.

Elle exprime votre confiance dans nos institutions et je puis vous assurer, en effet, que les services mettent tout en œuvre pour identifier les auteurs de ces actes et les déférer à la justice.

Mais la détermination et la fermeté ne doivent pas être moindres à l'endroit des prêcheurs de haine et semeurs de mort qui, prônant le Djihad, s'inspirant de Daesh, ont déclaré la guerre à la France, à ses valeurs républicaines héritées des Lumières, à son vivre ensemble, à son goût de la liberté.

L'état d'urgence vient d'être renouvelé. La loi qui le prolonge de six mois est parue ce matin au Journal Officiel.

L'Etat poursuivra avec force l'action engagée contre les ramifications de l'Etat islamique, contre toutes les dérives de l'islam radical, contre toutes les menées subversives qui prospèrent sur le terreau de l'ignorance et des frustrations.

Les vecteurs de propagande sont multiples, Internet en premier lieu.

Mais, comme au cours des derniers mois, j'agirai aussi sans faiblesse contre les dérives constatées dans certains lieux de culte, dans certains commerces, dans certains quartiers. J'agirai sans faiblesse pour prévenir et lutter contre toutes les formes de radicalisation, en songeant aussi au cortège de proies faciles qu'elles offrent à des manipulateurs et qu'il est de notre devoir de protéger.

* *

*

Ce qui me conduit à mon troisième message de responsabilité et confiance républicaines

Amis musulmans, la République est devant un défi sans précédent. Car des menaces pèsent sur notre vivre ensemble. Nous le ressentons tous.

Amis musulmans, vous avez, à juste titre, confiance en la République. La République vous protège, comme elle protège tous les citoyens ; la République garantit vos libertés, et notamment votre liberté de culte. La République est tolérante et ouverte et c'est en ce sens que je travaille en lien étroit avec vous et les maires sur la base de la charte dont nous avons fixé le contenu le 15 décembre dernier. C'est en ce sens aussi que nous soutenons l'IFCM. Le Ministre de l'Intérieur vous l'a confirmé à plusieurs reprises.

Amis musulmans, la République a aussi besoin de vous, pour que nous soyons ensemble dans les combats que nous avons à mener. Contre l'obscurantisme ; contre le repli identitaire ; contre les mensonges qui trahissent l'essence même de votre foi.

Mais aussi combat pour les valeurs de la République, pour celles que porte la déclaration des Droits du 26 août 1789, pour celles que décrivent le préambule de la Constitution de 1946 et l'article 1er de la Constitution de la Ve République.

Je sais, cher Kamel, chers amis, pouvoir compter sur votre engagement et votre sens des responsabilités, qui ne sont plus à démontrer. A titre d'exemple :

Il faut renforcer la formation des imams aux principes de la République, tels qu'ils sont enseignés ici à l'IFCM, en relation avec l'Université Catholique et la Préfecture. Nous sommes prêts à vous y aider pour faire plus encore.

Il faut lutter contre les dérives radicales en signalant celles que vous constatez autour de vous. Vous êtes associés à la plateforme de prévention de la radicalisation, et je souhaite que ce partenariat soit renforcé.

Il faut veiller à ce que les enseignements dispensés dans certaines écoles privées fréquentées par vos enfants ne soient pas source d'embrigadement, et j'émets le vœu, à titre personnel, que ces enseignements rappellent toujours le primat des lois républicaines. L'autorité académique est prête à vous aider sur ce chemin.

*

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Nous sommes ensemble sur le même navire républicain. Le drame de Nice a été terrible. Une fois de plus des innocents ont été frappés. Comme le Président de la République l'a indiqué, la colère peut se comprendre, mais ajoute-t-il prenons garde au fait qu'elle ne dégénère dans la haine et la suspicion. Ce serait alors la victoire de nos ennemis communs.

Je suis venu vous dire que l'Etat républicain sera toujours un rempart qui nous protègera, qui vous protègera de ce risque.

Je suis venu vous assurer de mon engagement personnel le plus total et le plus déterminé en ce sens.

Je suis venu vous dire ma confiance, ma proximité, mon amitié, et la certitude qui est la mienne qu'avec vous tous, la République peut être encore plus forte et unie qu'elle ne l'est aujourd'hui.